Qu'est-ce que la médecine du moment ?

La médecine du moment, c'est tout ce qui n'était pas planifiable lundi matin. La fièvre du mardi, l'angine du jeudi, la chute du week-end. Elle représente 20 à 30 % de l'activité hebdomadaire d'un médecin généraliste, et n'a jamais eu d'outil dédié.

Définition

La médecine du moment désigne l'ensemble des besoins médicaux qui ne pouvaient pas être planifiés en début de semaine : « bobologie », pathologies aiguës, consultations sans rendez-vous, urgences non vitales à prendre en charge dans les 48 heures.

C'est le terme opérationnel qui élargit la notion réglementaire de « soins non programmés » (SNP) définie par le ministère de la Santé. Contrairement aux SNP pris au sens strict (patients sans médecin traitant disponible), la médecine du moment inclut aussi la patientèle habituelle du centre dont le besoin n'était pas anticipé, un patient chronique qui appelle le matin pour une fièvre soudaine, par exemple.

Exemples de médecine du moment

  • Angine, otite, conjonctivite survenant dans la journée
  • Fièvre inexpliquée depuis 48h
  • Entorse, chute, petite traumatologie
  • Cystite, infection urinaire aiguë
  • Douleur abdominale récente
  • Renouvellement d'ordonnance urgent
  • Patient inquiet qui a besoin d'un avis médical dans la journée

Ces cas ne relèvent pas de l'urgence vitale mais ne peuvent pas attendre une semaine pour un rendez-vous planifié.

La médecine du moment en chiffres

30%

Jusqu'à 30% l'activité hebdomadaire

n'était pas planifiable lundi matin.

Source : DREES, 2019

80%

médecins généralistes

s'organisent quotidiennement pour absorber ces demandes.

Source : DREES, 2019

43%

des passages aux urgences

concernent des situations relevant de la médecine du moment.

Source : Rapport Mesnier/Carli, Pacte de Refondation des Urgences, déc. 2019 (enquête DREES, un jour donné, juin 2013)

La « bobologie » n'existe pas médicalement

Le terme « bobologie » est un mot du couloir, pas du dictionnaire médical. Il désigne, souvent avec condescendance, les consultations jugées mineures : une fièvre à 38,5°, une toux depuis trois jours, une douleur abdominale vague. Pourtant, ces motifs sont précisément ceux pour lesquels le médecin généraliste est irremplaçable.

Une fièvre peut masquer une pneumonie. Une douleur abdominale « banale » peut être une appendicite. Une fatigue inexpliquée peut révéler un diabète débutant. Le médecin formé au diagnostic différentiel ne traite pas une « bobologie », il élimine les hypothèses graves avant de conclure au bénin. C'est précisément ce travail invisible que le patient ne peut pas faire seul.

La « bobologie » est un problème organisationnel, pas médical. Quand un patient ne trouve pas de réponse dans la journée à sa « simple angine », il va aux urgences le soir. Le coût organisationnel de l'absence de réponse est sans commune mesure avec le coût de la consultation elle-même. La médecine du moment, c'est précisément l'organisation qui évite ce détour coûteux.

Qu'est-ce qu'un soin non programmé ?

Le soin non programmé (SNP) est le terme réglementaire utilisé par le ministère de la Santé et l'Assurance maladie. Il désigne tout soin souhaitable dans un délai inférieur à 48 heures et ne relevant pas de l'urgence vitale. Cette définition est au cœur de l'avenant 9 à la convention médicale (2021) qui a créé la majoration SNP et structuré les créneaux dédiés en médecine de ville.

Concrètement, un soin non programmé est une consultation qui ne figurait pas dans l'agenda au début de la journée. L'angine du mardi, la fièvre du nourrisson, le certificat médical demandé en urgence, le renouvellement d'ordonnance qui ne peut pas attendre le rendez-vous prévu la semaine suivante, autant de SNP que les médecins généralistes absorbent quotidiennement, souvent sans outil dédié.

La mise en place de créneaux SNP est désormais un critère pour les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) et les Maisons de Santé Pluriprofessionnelles (MSP).

Le Service d'Accès aux Soins (SAS) : réguler l'accès aux soins non programmés

Le Service d'Accès aux Soins (SAS), généralisé par le décret du 14 juin 2024, est le dispositif national de régulation des demandes de soins non programmés. Son objectif : éviter que le patient dont le besoin n'est pas vital finisse aux urgences faute de réponse en ville. Le SAS repose sur une plateforme de régulation médicale qui oriente le patient vers le bon professionnel, au bon moment.

Le SAS fonctionne selon un principe simple : un patient appelle le 15 ou accède à la plateforme en ligne, un médecin régulateur évalue la situation, puis oriente vers une téléconsultation, un créneau de médecin de ville, ou les urgences si nécessaire. Les effecteurs de ville – cabinets, MSP, centres de santé – mettent à disposition des créneaux dans lesquels le SAS peut adresser des patients.

PDSA et médecine du moment : deux dispositifs complémentaires

La Permanence des Soins Ambulatoires (PDSA) et le Service d'Accès aux Soins (SAS) organisent la réponse médicale en dehors des heures d'ouverture habituelles : nuits, week-ends et jours fériés. Ils répondent à une logique de garde et de régulation, encadrée réglementairement (décret du 19 février 2025 reconnaissant les centres de santé comme lieux d'exercice de la PDSA, décret du 14 juin 2024 pour le SAS).

La médecine du moment est le pendant en journée et en semaine de ce même flux. Elle représente quantitativement le volume le plus important – 80 % des médecins généralistes s'organisent chaque jour pour absorber ces demandes – mais sans cadre réglementaire spécifique ni outil dédié jusqu'ici.

Les deux dispositifs sont complémentaires, pas concurrents. Un centre de santé qui organise sa médecine du moment en journée est naturellement mieux positionné pour participer à la PDSA et au SAS : les processus, les outils et les équipes sont déjà en place. L'organisation du flux immédiat en journée est le prérequis à la participation aux dispositifs de garde.

→ Comment les centres de santé participent-ils à la PDSA et au SAS ?

Médecine du moment et urgences : où s'arrête l'une, où commence l'autre ?

La Classification Clinique des Malades aux Urgences (CCMU) est le système de triage officiel des services d'urgences hospitalières français. Elle classe les patients de 1 à 5 selon leur niveau de gravité. Les classes 1 et 2, patients stables, sans pronostic vital engagé, représentent 76 % des passages aux urgences selon la DREES, citée dans le rapport IGAS 2025.

1

CCMU 1

Médecine du moment

État stable, aucun acte complémentaire

2

CCMU 2

Médecine du moment

État stable, acte diagnostic ou thérapeutique

3

CCMU 3

Urgences

Pronostic fonctionnel engagé

4

CCMU 4

SAMU / réanimation

Pronostic vital engagé

5

CCMU 5

SAMU / réanimation

Décès imminent

Les trois quarts des patients qui se présentent aux urgences relèvent donc, médicalement, du périmètre des soins non programmés. Leur passage aux urgences n'est pas une nécessité clinique, c'est un défaut d'organisation de la médecine de ville. La médecine du moment est précisément la réponse à ce défaut : une structure capable d'absorber les CCMU 1 et 2 en journée, sans mobiliser les ressources hospitalières.

C'est pourquoi le rapport IGAS 2025 sur les Centres de Soins Non Programmés définit leur mission principale comme la prise en charge des soins souhaitables en moins de 48 heures, hors urgence vitale : exactement le périmètre des CCMU 1 et 2.

Ce que la recherche internationale confirme

Le phénomène n'est pas propre à la France. Des études publiées dans des revues médicales internationales documentent le même mécanisme : quand la médecine de ville n'offre pas de réponse rapide, les patients se déplacent vers les urgences.

Une étude publiée dans le British Journal of General Practice (Cowling et al., 2014) a estimé que 5,77 millions de passages aux urgences en Angleterre en 2012-2013 avaient été précédés d'une tentative infructueuse d'obtenir un rendez-vous chez le généraliste, soit 26,5 % des passages non programmés. Le lien entre inaccessibilité de la médecine de ville et recours aux urgences est documenté et quantifié. Cowling TE et al., Br J Gen Pract, 2014. DOI 10.3399/bjgp14X680533

Une analyse portant sur 243 042 passages dans des centres de soins urgents dirigés par des médecins généralistes à Londres (Cowling et al., 2015) a montré que 74,1 % des patients ont été pris en charge exclusivement dans le centre, sans transfert aux urgences hospitalières. Un centre dédié à la médecine du moment absorbe les flux sans mobiliser les ressources hospitalières. Cowling TE et al., Emerg Med J, 2015. DOI 10.1136/emermed-2014-204603

Enfin, une étude nationale portant sur 7 462 cabinets anglais (Tammes et al., 2016) a établi qu'un point de pourcentage supplémentaire de patients ne pouvant obtenir un rendez-vous est associé à une hausse de 0,36 passage pour 1 000 habitants aux urgences. Les zones dotées de centres de soins immédiats présentent des taux de passage aux urgences significativement plus bas. Tammes P et al., Emerg Med J, 2016. DOI 10.1136/emermed-2015-205339

Ces données sont issues de PubMed et portent sur le système de santé britannique. Le contexte réglementaire diffère de la France, mais le mécanisme sous-jacent – inaccessibilité de la médecine de ville → recours aux urgences – est documenté dans les rapports français (IGAS 2025, Cour des comptes 2025, Rapport Mesnier 2019).

Médecine du moment vs. soins non programmés : quelle différence ?

Médecine du moment Soins non programmés Urgences hospitalières
Définition Tout besoin médical non planifiable en début de semaine Soins souhaitables en moins de 48h, hors urgence vitale Urgence vitale ou fonctionnelle nécessitant un plateau technique
Gravité (CCMU) CCMU 1–2 + « bobologie » CCMU 1–2 CCMU 3 à 5
Délai Dans la journée ou sous 48h Moins de 48 heures Immédiat
Périmètre patientèle Patientèle habituelle + patients sans MT Principalement hors patientèle traitante Tout patient, sans distinction
Lieu de prise en charge Centre de santé, MSP, cabinet Médecine de ville (CPTS, MSP) Service d'urgences hospitalier
Usage Quotidien opérationnel, organisationnel Conventions médicales, majoration SNP, CPTS Régulation SAMU, plateau technique
Qui l'utilise Directeurs de centres, médecins, MSP ARS, Assurance maladie, institutionnels Urgentistes, SAMU, hospitaliers

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