Quels motifs relèvent de la médecine de l'imprévu ?
Les cadres sont posés : le soin non programmé a sa définition
réglementaire, la « bobologie » son statut de jargon, la CCMU son
échelle de gravité. Reste la question que se pose une équipe le lundi
matin : qu'est-ce qui, concrètement, rend un motif éligible à une prise en
charge dans la journée ?
Le critère n'est pas administratif. Un motif ne relève pas de l'imprévu parce
qu'il ouvre droit à une majoration : celle-ci finance la réponse, elle ne la
définit pas. Le critère tient au besoin lui-même et au délai dans lequel
il doit être satisfait.
Relève de la médecine de l'imprévu tout symptôme dont la prise en
charge ne peut pas attendre un rendez-vous programmé la semaine suivante. Cette
appréciation ne repose pas sur le seul patient : il la déclenche, le
régulateur du Service d'Accès aux Soins peut
la confirmer, et le médecin la tranche à l'examen.
Ce qui paraît bénin ne l'est pas toujours. Un pic de
fièvre isolé n'a pas la même valeur qu'une fièvre qui dure ou qui
revient. Un symptôme qui s'installe, qui s'aggrave ou qui s'accompagne d'autres signes
change de sens, et le terrain pèse autant que le symptôme lui-même :
nourrisson, personne âgée, grossesse, maladie chronique, traitement
immunosuppresseur. C'est cette lecture qu'aucune liste de motifs ne remplace.
L'appel au 15, ce n'est plus seulement pour les urgences vitales. Si aucun
professionnel n'est disponible, le 15 répond 24 heures sur 24 : un
médecin régulateur conseille et oriente vers la prise en charge la plus
adaptée. La régulation du Service d'Accès aux Soins couvre les besoins
relevant des 48 heures lorsque le médecin traitant n'est pas disponible, et le
régulateur peut estimer qu'une consultation non programmée s'impose dans la
journée. Elle ne se substitue pas à la prise de rendez-vous : le
médecin traitant et les organisations du territoire restent la première
intention.
En savoir plus
(sante.gouv.fr)
Ce critère change la façon de recueillir le motif. Un patient ne se présente
pas avec un diagnostic, il se présente avec ce qu'il ressent : une douleur, une
fièvre, une éruption, une gêne. L'entité nommée, angine, cystite,
entorse, n'arrive qu'après l'examen. Une nomenclature de soins non programmés doit
donc accepter trois registres à la fois : le symptôme brut
(fièvre, toux, douleur à l'oreille), la zone du corps quand le patient
ne sait pas qualifier ce qu'il a (genou, paupière), et
l'auto-diagnostic quand il l'avance, à traiter comme une hypothèse et
jamais comme une conclusion.
Les quatre familles ci-dessous donnent un ordre d'idée de ce qu'un centre de santé,
une maison de santé pluriprofessionnelle ou un centre de soins immédiats reçoit
à ce titre. Ce sont des exemples, pas un référentiel : l'imprévu,
par construction, ne se laisse pas énumérer.
Motifs aigus de l'adulte
- Angine, otite, rhinopharyngite
- Toux, bronchite, état grippal
- Fièvre inexpliquée
- Infection urinaire, cystite
- Douleur abdominale récente
- Éruption cutanée, démangeaisons
- Lombalgie, lumbago
- Renouvellement d'ordonnance urgent
- …
Traumatologie et petits maux
- Entorse, foulure
- Plaie ou coupure à suturer
- Brûlure superficielle, coup de soleil
- Piqûre d'insecte
- Panaris, furoncle, abcès
- Suspicion de fracture
- …
Pédiatrie
- Fièvre du nourrisson et de l'enfant
- Otite, angine
- Diarrhée, vomissements
- Éruption cutanée, varicelle
- Toux rauque, bronchiolite
- Érythème fessier du nourrisson
- …
Santé de la femme
- Douleur pelvienne ou abdominale
- Infection urinaire ou vaginale
- Contraception, contraception d'urgence
- Test de grossesse
- Douleur ou anomalie mammaire
- …
Un même motif peut relever de l'imprévu ou du suivi programmé selon son
ancienneté, son intensité et le terrain du patient. Une lombalgie de trois mois n'est
pas une lombalgie apparue ce matin.